L’institut de Sandra et William Ling, la force tranquille au service de la culture brésilienne

Marc Pottier

Marc Pottier

Curator & Art Advisor
São Paulo, Brazil

Luxe, Calme et Efficacité condensent bien l’invitation à la culture de l’Institut Ling créé en 1995 par la famille Ling à Porto Alegre. Le programme du Centre d’art ouvert en 2014 soutenu par Sandra et William Ling développe un bouquet d’activités, à forte valeur ajoutée culturelle toutes disciplines confondues, avec une cohérence et une constance qui en fait l’un des projets culturels brésiliens privés parmi les plus passionnants.  

Une dynamique fertile de transmission

L’originalité du Centre d’art de l’Institut Ling ouvert en 2014 tient à sa synthèse entre la sensibilité artistique de Sandra, le confusionnisme humaniste de la famille Ling, qui traduit ses privilèges par la certitude qu’ils ont plus de ‘devoirs’ que de ‘droits’ et la conviction que l’éducation – qu’elle soit économique ou culturelle – élève le niveau individuel et collectif. 

Depuis 25 ans, la palette des activités s’étoffe vers toujours plus de partage de visions du monde ; Aujourd’hui, les trois ou quatre expositions individuelles d’art contemporain brésilien (citons Karin Lambrecht (1957-) Mauro Fuke (1961-) mais aussi Nelson Felix, Iole de Freitas, Daniel Senise, Laura Vinci ou encore Walmor Corrêa) … la quarantaine de concerts, toutes musiques confondues, la vingtaine d’invitations d’auteur.es internationaux, la trentaine de projections de films ou de court-métrages en passant par la gastronomie montrent cette dynamique fertile de transmission qui s’appuie aussi sur un programme d’éducation tourné vers les enfants. Le Centre d’art accueille les nombreux cours et bourses (aujourd’hui 1000 dont 392 de post-graduation et maîtrise à l’extérieur) initiés dès les années 90 par l’Institut.

De l’importance de faire évoluer les mentalités

 « L’objectif de l’Institut est d’investir dans l’éducation pour soutenir la formation des jeunes brésiliens, par le biais de bourses pour des cours de troisième cycle, de maîtrise et de doctorat dans d’excellentes écoles à l’étranger, précise William Ling. Le premier domaine d’activité était le commerce, avec des cours de MBA. Une dizaine d’années plus tard, nous avons commencé à proposer des bourses de droit. Plus récemment, nous avons commencé à offrir des bourses à de jeunes journalistes choisis dans certaines des principales rédactions du pays. Nous l’avons fait parce que l’une des choses que nous jugeons importantes au Brésil est le changement de mentalité, et le journaliste joue un rôle essentiel à cet égard. S’il a une bonne perception de ce qui se passe dans le monde et de ce qui peut être changé, et s’il sait transmettre de façon autonome des valeurs telles que la responsabilité individuelle, il sera un acteur clé pour favoriser ce changement d’attitude de la société. » 

Une contribution reconnaissante 

La Chine (Wenzhou et Shangaï) est le berceau du fondateur de l’Institut Sheun Ming Ling et de son épouse Lydia Wong Ling. Comme leurs ancêtres, Sheun et Lydia ont été influencés par le confucianisme et ont toujours eu en tête les valeurs d’éducation et de réciprocité. C’est dans cette optique qu’ils ont cherché des moyens de rendre quelque chose au Brésil, le pays qui les a accueillis en 1951. À partir d’actions spécifiques liées à la santé, à l’entrepreneuriat et à la culture, Lydia et Sheun Ming ont conclu que la plus grande contribution qu’ils pouvaient apporter à la transformation du pays était l’investissement dans l’éducation. C’est ainsi qu’est né l’Institut Ling.

Un projet où tout reste ouvert 

L’animation du Centre d’Art, à taille humaine, compte 26 assistants.  Rien n’y est figé et toute initiative est donc possible. Ainsi l’artiste plastique invité peut choisir d’investir un autre espace que la salle d’exposition. Le brillant artiste plastique-écrivain-réalisateur-dramaturge et musicien Nuno Ramos (1960-) a choisi de proposer un programme dans la salle de cinéma au lieu d’utiliser la salle d’exposition. Cela aurait pu être aussi le cas avec Iole de Freitas (1945-), connue pour ses grandes sculptures-gestes de dance, dans les jardins extérieurs si la pandémie n’avait pas mis un frein au projet. Un autre projet va démarrer l’année prochaine, pour réaliser une fresque temporaire sur un des murs de l’Institut à partir des propositions d’artistes de la chercheuse et commissaire d’expositions de Porto Alegre Luisa Kiefer (1986-) en 2022 et celle du curator du Musée d’Art Contemporain du Ceará (Fortaleza) Bitu Cassundé en 2023. 

Le rayonnement est une affaire de temps

Tranchant sur la mentalité brésilienne qui vit dans l’urgence permanente du court terme, les Ling donnent le temps au temps : les commandes engagées longtemps en amont permettent aux commissaires d’expositions, et aux artistes qu’ils commissionnent de disposer de temps au cours de leur résidence, et notamment de s’inscrire dans la ville de Porto Alegre.  Refusant toute tour d’ivoire, l’Institut participe au développement de sa ville, Les Ling sont bien entendu impliqués dans la biennale du Mercosul, l’Institut Iberê Camargo. La vision est pour le moment nationale avec le MASP de São Paulo. Il n’est pas encore prévu d’intégrer des comités de musées étrangers. Cette force tranquille leur ressemble bien, ils avancent pas à pas avec la modestie et la sureté de ceux qui savent se fixer un cap et le tenir. Pas d’urgence, tout vient à point à qui sait attendre. 

Une perle rare dans le contexte d’une ville connue pour ses débats  

Porto Alegre tient sa réputation de ‘Port Joyeux’, grâce à l’une des plus grandes concentrations urbaines d’oiseaux du pays présents grâce à la réserve biologique de la ville. La capitale de l’état du Rio Grande do Sul, partie brésilienne proche de l’Argentine est connue pour avoir accueillie le premier Forum Mondial sur les questions sociales du Monde moderne et depuis 1997 pour sa biennale du Mercosul concentrée sur la promotion des arts visuels latino-américains. L’autre institution culturelle de poids est l’Institut Iberê Camargo (1914-1994), dédié à l’œuvre du peintre gaucho (gardien de troupeau dans la pampa, le terme sert aussi à désigner les habitants de l’état du Rio Grande do Sul du Brésil) inauguré en 2008, abrité dans un bâtiment très original créé par l’architecte portugais Alvaro Siza Vieira (1933-). 

L’intelligence de la sobriété

Le nouveau siège-centre d’art de l’Institut Ling a pris son envol en 2014 grâce à l’architecture minimaliste et cinématographique d’Isay Weinfeld (1952-) après concours. Sandra et William ont confié la responsabilité du projet architectural à leur fils Anthony qui à 20 ans faisait ses études d’architecture. C’est lui qui a retenu parmi 10 architectes Isay Weinfeld. Décidemment une famille hors norme qui est coutumière des sans-fautes. Pour ne rien gâcher, Anthony est aussi musicien et gastronome.

Le bâtiment dépouillé rappelle la commande faite par Dominique de Ménil (1908-1997), pour son musée à Houston (Texas) où la collectionneuse franco-américaine avait demandé à l’architecte italien Renzo Piano (1937-) de « faire un grand musée qui paraisse petit ». Chez les Ling cette même intelligence de sobriété se retrouve, tout comme cette volonté de bien faire sans ostentation, même si le cadre proposé est le meilleur qu’on puisse trouver.  Au lieu de se construire une maison à la mer, ils ont préféré penser à un lieu pour toutes et tous. 

Un institut à l’esprit ‘maison’, subtile et intégré. 

Ici rien ne veut intimider mais au contraire attirer. Les espaces de 3 200 m2 sont amples sans gigantisme permettant une circulation extrêmement agréable entre les salles de cours et de réunions, la salle d’expositions, l’auditorium, le restaurant et la partie administrative. La lumière est savamment étudiée et les ouvertures nombreuses laissent découvrir un jardin pensé par Sandra qui enserre le bâtiment, rendant la nature omniprésente et isolant agréablement l’Institut. C’est aussi un prolongement de leur maison, voisine de l’Institut signé par l’architecte Aurelio Martinez Flores (1929-2015), celui dont on dit qu’il est né architecte et fut professeur d’Isay Weinfeld et l’autre grand architecte brésilien Marcio Kogan.

Une collection inspirée par le Brésil pour les talents brésiliens. 

Les œuvres qui sont accrochées aux murs des couloirs et de certaines salles d’expositions proviennent de la collection particulière de Sandra et William, tels que Mira Schendel, Nelson Felix, Vik Muniz, Frida Baranek, Ivan Serpa, Karin Lambrecht, Cristina Canale, Walmor Corrêa, Leonilson ou encore Hugo França. Difficile de tout citer mais le fil rouge relie des artistes brésiliens avant tout.  

Quand on interroge Sandra sur ses rêves, elle vous confie qu’elle aimerait avoir plus d’œuvres des artistes qui font déjà partie de la collection. Toujours l’esprit de famille ! C’est sans doute aussi pourquoi l’idée du Centre d’art est né lors du dîner qui a suivi l’inauguration de l’exposition Mira Schendel (1919-1988) à la Tate Gallery en 2013. 

La tranquille quiétude du jardin-écrin de l’Institut 

Autodidacte lancée avec talent dans le paysagisme, Sandra Ling (1957-) est aussi artiste et poète. La réussite du jardin de l’institut est tellement convainquant qu’aujourd’hui, c’est Isay Weinfeld qui l’invite pour ses projets. Là encore difficile de briser la glace d’une certaine forme de timidité et une discrétion familiale qui est une marque de fabrique. Elle hésite à vous montrer ses œuvres, entre-autre, de délicates compositions de feuilles subtilement ajourées dont les ombres sont traitées par légères touches d’aquarelle. Les feuilles ? sans doute parce qu’elle aime les saisons quand elles sont marquées avec chacune leur apport de sensualité et d’exotisme. Cette quiétude se ressent bien dans le jardin-écrin de l’Institut. 

La Pérennité

Si les Ling ont investi généreusement dans leur Institut et n’hésitent pas à mettre parfois la main à la poche, l’Institut est doté d’un modèle économique permettant d’équilibrer les comptes et d’assurer sa pérennité. S’ils ne font pas appels à des sponsors, les cours sont payants et les salles sont régulièrement louées pour des événements extérieurs. Les projets jouent avec les lois de déductions fiscales. Après le projet architectural, Anthony a une présence discrète dans le projet. Les regards se portent aujourd’hui sur sa cousine Stéphanie, fille de Wilson, le cadet de la famille, qui suit des études à la Rhode Island School of Design…. Avec ou sans famille à sa tête, le projet restera debout et pérenne. 

L’esprit de famille 

William Ling (1957-) fait partie de la deuxième génération de la famille, une famille qui a su intelligemment diversifier ses activités. Parti de l’exploitation de l’huile de soja, William et deux de ses trois frères et sœur ont un négoce qui va de l’emballage, aux fertilisants, matériels hospitaliers et la pétrochimie. Aujourd’hui, ils font partie du Conseil d’administration du Groupe Petropar, et mènent en parallèle une série d’initiatives visant à former les gens et à soutenir les activités sociales et culturelles. « Si nous avons les conditions, les ressources et le temps, pourquoi ne pas faire quelque chose pour changer la société dont nous faisons partie ? » affirme William se faisant le porte-parole de l’esprit de famille.

Engagé dès son plus jeune âge dans des causes impliquant l’entrepreneuriat et le leadership, William Ling a été le fondateur et le premier président de l’Institute of Business Studies (IEE). Il a également aidé à créer le chapitre de Porto Alegre de l’Organisation des jeunes présidents (YPO), une entité qu’il a autrefois présidée nationalement. Il participe également au Conseil de Gouvernance du Millennium Institute, une organisation à but non lucratif qui promeut des valeurs fondamentales pour la prospérité et le développement humain de la société. « Notre rôle ne sera complet que lorsque les nouvelles générations sauront maitriser toutes ces actions que nous avons créées. C’est ça la pérennité », commente-t-il.

Rendre ce que nous recevons 

« Chaque personne physique ou morale de la société joue un rôle. Petropar, par exemple, est une industrie, et l’une de nos activités est de fabriquer des emballages en plastique et de servir les clients avec des produits de qualité. Le but de l’entreprise n’est pas de faire de la philanthropie, c’est le contraire. Il s’agit de générer des bénéfices pour la société à travers la gestion de la valeur économique. Mais tant que nous avons le temps, les ressources, les idées et la capacité de mobiliser des partenaires, pourquoi ne pas le faire ? Avec l’Institut Ling, nous entrons dans un autre domaine, qui est de la responsabilité de chacun de nous en tant qu’individu. De plus, ce travail est guidé par les valeurs que mes parents ont apportées de Chine. Le premier est la réciprocité. Par confucianisme, nous devons rendre ce que nous recevons, peu importe de qui et à qui. Mes parents sont arrivés ici sans beaucoup de ressources, ils ont été bien reçus à Santa Rosa et Porto Alegre, ils ont travaillé et se sont insérés dans la société de Rio Grande do Sul. Cela a toujours été un grand désir de redonner au Brésil d’une manière ou d’une autre. L’autre problème est l’importance de l’éducation, qui est quelque chose de très fort dans la culture orientale », précise encore William.

Ling en chinois veut dire forêt

Ling en chinois veut dire forêt. Cette dernière peut être vue comme un lieu dangereux car non civilisé, où on peut rencontrer des animaux et des hommes sauvages, voire des êtres surnaturels mais on peut aussi y croiser des ermites. Elle symbolise le monde d’avant la civilisation, le lien avec “l’autre monde”. On sait bien aussi aujourd’hui combien la forêt est indispensable à l’équilibre du monde et à sa respiration salvatrice. 

Avec leur Institut et Centre d’art, les Ling ont construit une charpente solide, un espace de réflexions et de mariages harmonieux avec les différentes disciplines culturelles pour penser le monde avec intelligence. Sandra, William et leur famille plantent les graines du savoir. Souhaitons longue vie à ce projet indispensable dans les turbulences du monde actuel. 

Pour en savoir plus : 

https://institutoling.org.br/ 

@instituto.ling

@sandraling08 

https://www.youtube.com/channel/UCVU0NviShJFu_DgagNErmIQ

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8 353 réflexions sur “L’institut de Sandra et William Ling, la force tranquille au service de la culture brésilienne”

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