Luke James

Le travail de Luke James ne laisse jamais de côté le lieu d’exposition. L’architecture du lieu d’exposition est traitée comme un instrument pratique. Rien n’est fait pour offrir à l’oeuvre quelque forme d’autonomie que ce soit, l’oeuvre s’accroche à l’espace d’exposition et en révèle d’autres qualités. Il lui arrive d’utiliser la photographie pour retranscrire une forme. Ce médium sert en quelque sorte d’enseigne, d’introduction et/ou de conclusion et informe sur la position d’un lieu ou d’une activité. Mais tout autant que les photographies, les sculptures et les installations emportent avec elles quelque chose de l’environnement dans lequel elles ont été conçues. Rien ne doit être réglé d’avance, c’est à dire capitalisé et certaines des pièces sont détournées de leur fonction initiale d’habitation. Plus fondamentalement, l’artiste cherche à envisager les constructions architecturales en lien avec la construction de soi et la construction des représentations collectives, cela fait référence à la « Self-reliance» du philosophe américain Ralph Waldo Emerson. Il s’appuie sur les expériences collectives et individuelles qui prennent corps dans ou autour de ces architectures, de réagir à elles, de les altérer et de les rendre étrangement instables creusant ainsi l’enveloppe des choses, pour en révéler l’intérieur.

Luke James s’attaque aux expositions comme à des territoires à conquérir, entre stratégies d’appropriation et entreprises de construction / destruction. En mettant à jour les strates, en ménageant des percées, des meurtrières, des ouvertures dans les cimaises ou en choisissant des matériaux de surface dont on peut ôter un élément (vitres, tomettes, lattes de bois, etc.), ses installations élaborent une traversée du corps, du regard, du monde. Ce faisant, elles s’ancrent paradoxalement dans l’espace.

 

Hôtel des Deux Continents, 25 Rue Jacob, 75006 Paris