Marielle Paul

  • Feuilles brésiliennes, 2012, gouache sur papier, 56 x 75 cm © Marielle Paul

    Feuilles brésiliennes, 2012, gouache sur papier, 56 x 75 cm © Marielle Paul
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  • Paysage ensoleillé, 2012, gouache sur papier, 80 x 120 cm © Marielle Paul

    Paysage ensoleillé, 2012, gouache sur papier, 80 x 120 cm © Marielle Paul
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  • Disques et arc en ciel, 2012, gouache sur papier, 120 x 80 cm © Marielle Paul

    Disques et arc en ciel, 2012, gouache sur papier, 120 x 80 cm © Marielle Paul
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  • Sans titre (feuilles), 2012, gouache sur papier, 56 x 76 cm © Marielle Paul

    Sans titre (feuilles), 2012, gouache sur papier, 56 x 76 cm © Marielle Paul
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  • Guirlande avec oeil noir, 2013, gouache sur papier,120 x 80 cm © Marielle Paul

    Guirlande avec oeil noir, 2013, gouache sur papier,120 x 80 cm © Marielle Paul
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  • Feuilles et entrelacs, 2010, gouache sur papier, 112 x 76 cm © Marielle Paul

    Feuilles et entrelacs, 2010, gouache sur papier, 112 x 76 cm © Marielle Paul
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  • Marielle Paul x Le Petit Jacob, Parcours Saint Germain 2017 © E. Le Gars / Bonnie Montmartre

    Marielle Paul x Le Petit Jacob, Parcours Saint Germain 2017 © E. Le Gars / Bonnie Montmartre
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Née en 1960, à Lyon

Vit et travaille à Vannes

Deux caractéristiques se détachent des œuvres réunies pour la troisième exposition personnelle de Marielle Paul à la galerie Jean Brolly : l’excentricité et la concentricité. De l’excentricité découlent les entrelacs. 

Pour obtenir un entrelacs, c’est simple, la ligne doit courir aléatoirement en enchaînant les courbes et en déplaçant systématiquement le centre dont celles-ci sont nées pour ne pas s’accomplir en cercles parfaits. Deux mouvements simultanés sont engagés : de giration et de translation, la translation devant elle-même être souple, courbe, pour ne pas dire désinvolte, en tout cas jamais rectiligne. Ce qui fait de l’entrelacs l’incarnation du hasard, voire une représentation de l’abstraction.

De la concentricité viennent les récents arcs-en-ciel, empilements réguliers de portions de demi-cercles dont les couleurs translucides sont immuablement réparties de haut en bas dans la nature. Sur le papier, l’arc-en-ciel reste un arc-en-ciel même si l’alternance des couleurs est changée, même si l’arc-en-ciel n’enjambe aucun paysage et même si la consciencieuse superposition prend successivement pour axes plusieurs centres différents ; ce qui se rapproche alors des circonvolutions « artistement » organisées révélées par sciage puis polissage de certaines pierres, comme celles que collectionnait Roger Caillois, et dont ce dernier a si formidablement parlé.

Chez Marielle Paul, après s’être nourrie d’ingrédients sélectionnés ici-bas et un peu partout ailleurs, l’abstraction est donc allée chercher du côté de l’hallucination depuis 2012. Un grand arc-en-ciel entoure la planète Saturne, c’est bien connu ! Des anneaux encerclaient déjà les montagnes qu’inspira durablement à l’artiste un voyage sous les tropiques. Pourtant, même si la topographie le permet en théorie, on n’a jamais constaté d’arc-en-ciel excédant le demi cercle dans la nature. Et on n’a jamais vu, non plus, d’auréoles entourant les môles granitiques de Rio de Janeiro, comme on en trouve dans ces paysages peints à la gouache en se souvenant aussi des voyages de Gulliver.

La concentricité était seulement tellurique, elle est aujourd’hui décomplexée jusqu’à… l’excentricité, surtout lorsqu’elle se joue des clichés : peindre aujourd’hui un coucher de soleil ne passe plus, alors peindre un arc-en-ciel !

Quand on suit l’évolution du travail de Marielle Paul, toutes sortes d’hypothèses viennent en tête. Un accident a pu contrarier la trajectoire aléatoire de l’entrelacs pour tendre vers l’impeccable embobinage de l’arc-en-ciel… à moins qu’au contraire celui-ci ne se défasse encore en entrelacs sous le coup d’une antépénultième révolution, la révolution finale n’ayant pas encore déterminé sa trajectoire. Mais que l’entrelacs soit ou non, comme on vient de le voir, la représentation du hasard, cette figure serait molle si elle n’était puissamment déterminée par la souplesse assurée de la main qui la décrit et la vigueur du mouvement qui la soutient.

Une certaine paresse de l’esprit incline à penser que l’ordre est voué au désordre et non l’inverse. Mais il faut être terriblement paresseux, lâche, pessimiste et nostalgique pour se plier à l’amorphe opinion que le temps vieillit — le temps n’exerce aucune action sur lui-même —, qu’il porte les germes de la déliquescence, et en conclure que l’abstraction ne supporte ni la liquéfaction ni les corps étrangers au corpus de la géométrie pure. Voilà pourquoi, non sans malice, dans sa joyeuse révolution, Marielle Paul a glissé des personnages dans certaines de ses gouaches depuis quelques années. Et voilà aussi pourquoi ces bonshommes prennent tour à tour l’allure de figures de pictogrammes raides, mais un peu courbées par le désœuvrement, et celle de créatures fluides évoquant de mélancoliques anémones de mer.

 

 

LE PETIT JACOB : 40 RUE JACOB, 75006 PARIS